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La ministre contre le syndicaliste

Le 3 avril 2016

La ministre contre le syndicaliste

En 2015, différentes personnalités politiques reçoivent la visite, impromptue, de syndicalistes de la Confédération des syndicats chrétiens (CSC). De leur point de vue, cette visite vise à démontrer l’absurdité d’une nouvelle mesure de contrôler les chômeurs : les visites surprises à domicile, histoire de s’assurer qu’il n’y a pas de fraude. Baptisé « Fraude à la Une », en référence à l’émission « Questions à la Une » de la RTBF, cette action est réalisée avec une caméra et différentes capsules sont tournées par exemple chez Denis Ducarme, Jacqueline Galant, Maxime Prévost et Marie-Christine Marghem. Si tous les autres ont plus ou moins bien réagi et si ces séquences vidéos soulèvent quelques interrogations, Marie-Christine Marghem, ministre fédérale de l’Énergie, de l’Environnement et du Développement durable, prend les choses très au sérieux et porte plainte pour injures, calomnies, violation de la correspondance privée et violation de la protection de la vie privée. La ministre reproche en plus au syndicaliste, Frédéric Lefèvre, une usurpation de fonction... Dans un premier temps, la vidéo est supprimée, dans un second temps, Frédéric Lefèvre  est inculpé inculpation pour calomnie et usurpation d’identité : il joue le rôle d’un inspecteur social assermenté. Concrètement, il risque jusqu’à un an de prison et 1.200 euros d’amende pour le premier ; jusqu’à deux ans de prison pour le second. Pour le moment, Julie Coumont, autre syndicaliste, qui a posté la vidéo sur Youtube, est aussi inquiétée mais dans une autre mesure que son collègue.

Pour les avocats des syndicalistes, Me Alexis Deswaef, c’est « hallucinant [...] : Mme Marghem n’a pas pu penser un seul instant qu’elle avait affaire à un contrôleur de l’Onem. Et prétendre que la vidéo accusait la ministre d’avoir détourné des fonds publics, c’est absolument fantaisiste  ! C’est l’action du gouvernement contre la fraude sociale qui était mise en cause ».

Me Deswaef a déposé mercredi dernier une requête auprès de la Cour de cassation pour demander le dessaisissement de l’arrondissement judiciaire de Tournai. Une procédure assez rare –  tout comme le fait qu’une ministre en exercice se lance dans des poursuites. Il y aurait, selon la défense, un doute légitime sur la capacité du tribunal de Tournai à se prononcer avec l’impartialité requise. Mme Marghem, « la » responsable politique de la localité et avocate pénaliste depuis vingt-cinq ans, est toujours inscrite au barreau dans ce petit arrondissement où tout le monde se connaît, poursuit la défense. Un autre arrondissement, avec plus de distance, n’aurait jamais abouti à une inculpation d’une syndicaliste, qui a juste fait usage de sa liberté d’expression, laisse entendre Me Deswaef. « Comme avocat, je suis complètement perplexe par rapport à la tournure de ce dossier. Cette personnalité qui a tant rêvé de devenir ministre de la Justice encombre les tribunaux avec une plainte pénale et instrumentalise la justice pour s’attaquer à une action syndicale ».

Source : LaLibre.be

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