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Août 2016

Reconnaitre qu’on est coupable et diminuer sa peine

Le 13 août 2016

Reconnaitre qu'on est coupable et diminuer sa peine

Une personne suspectée d’avoir commis une infraction doit être jugée selon une procédure pénale précise, respectant différentes étapes : information par le procureur du Roi, instruction par le juge d’instruction, passage par la chambre du conseil, audiences au tribunal concerné, jugement, etc.

L’information du procureur du Roi est en quelque sorte une porte d’entrée pour les premiers pas d’un long parcours pouvant aboutir à un jugement.

Toutefois, depuis le 1er mars 2016, un suspect qui reconnait sa culpabilité peut bénéficier d’une procédure différente, appelée le « plaider coupable ».

C’est-à-dire ?

Si l’auteur d’une infraction reconnait, devant le procureur du Roi, qu’il est coupable, il peut « plaider coupable » et ne pas être jugé selon la procédure classique.
Cette nouvelle procédure du « plaider coupable » peut être proposée par le procureur du Roi mais elle ne peut pas être imposée au suspect. Par contre, le procureur peut la refuser au suspect qui la souhaiterait.
Voyons comment se passe cette procédure rapide.
Se reconnaissant coupable, le suspect, assisté d’un avocat, négocie un accord sur la peine à subir avec le procureur du Roi. Il espère bénéficier ainsi d’une peine inférieure à celle qu’il aurait dû subir avec une procédure classique.

Lorsque le procureur du Roi propose un accord, le suspect dispose d’un temps de réflexion pour l’accepter ou le refuser. S’il est accepté, il est soumis au tribunal.
Celui-ci vérifie que le suspect savait ce qu’il faisait et qu’il a bien été assisté d’un avocat. Il s’assure également que la peine est proportionnée à la gravité des faits et à la personnalité du suspect et que celui-ci a bien la volonté d’indemniser les victimes. Ensuite, il homologue (donc accepte) ou refuse l’accord signé par le procureur du Roi et le suspect. Il ne peut pas le modifier.

S’il le tribunal refuse cet accord, le dossier retourne chez le procureur pour un nouvel accord ou une procédure classique. Le suspect est alors jugé par une autre juge, qui n’a pas connaissance des documents de reconnaissance de culpabilité.

Pour qui ? Pour quoi ? Pourquoi ?

Cette procédure est possible pour la plupart des infractions, crimes ou délits qui pourraient être punis d’une peine de moins de cinq ans de prison. Elle est interdite pour les crimes les plus graves (meurtres, viols, affaires de mœurs sur un mineur par exemple).

Le « plaider coupable » doit permettre de gagner du temps, la procédure habituelle étant nettement plus longue. Cette rapidité peut être utile pour l’auteur de l’infraction, qui, ainsi, ne vit pas longuement dans l’insécurité, sans savoir à quoi s’en tenir. Elle devrait aussi permettre de moins encombrer les tribunaux qui connaissent, la plupart du temps, un important arriéré judiciaire.

Puisqu’il permet un gain de temps, le « plaider coupable » doit également couter moins cher à la justice et donc à l’État.

Beaucoup de questions

Les questions concernant l’application du « plaider coupable » sont nombreuses et, actuellement, sans réponse. Citons en quelques-unes.

Plaider coupable signifie que le suspect reconnait sa culpabilité et que le procureur accepte une peine inférieure à celle qu’il aurait demandée devant le tribunal. Mais comment mesurer cette diminution de peine ? Comment une personne poursuivie pourrait-elle être convaincue qu’elle bénéficie d’une réelle diminution de peine ?

Autre question concernant les victimes : leurs droits sont garantis mais n’attendaient-elles pas un vrai procès ? Ne sont-elles pas frustrées ?

Interrogation encore : ces personnes bénéficiant du « plaider coupable » n’auraient-elles pas pu obtenir un classement sans suite, une suspension du prononcé ou une simple déclaration de culpabilité devant un tribunal correctionnel ? Leur affaire étant simple, auraient-elles peut-être échappé à une peine ?

Cette procédure du « plaider coupable » étant très récente en Belgique, il est trop tôt pour pouvoir l’apprécier de manière nuancée.

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