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« Je me suis défendu ! » ou la légitime défense

Le 22 août 2016

Mots-clés associés à cet article : Cambriolage , Justice privée , Légitime défense , Insécurité

« Je me suis défendu ! » ou la légitime défense

En juillet 2016, un bijoutier de Schaerbeek est condamné pour meurtre et tentative de meurtre. En avril 2010, il avait tiré sur deux hommes qui venaient de le braquer devant sa bijouterie. L’un de ces hommes est mort et l’autre a été blessé. Le tribunal l’a condamné à une peine de trois ans de prison avec sursis pour ce qui dépasse la détention préventive et à une amende de 18 000 euros.

Devant le tribunal, le bijoutier disait avoir tiré en état de « légitime défense ». Le tribunal a estimé que ce n’était pas le cas mais il a tenu compte du vécu de cet homme qui avait déjà subi une agression antérieure. Il ne l’a pas condamné à une peine aussi lourde que ce qu’il aurait pu décider.

Mais qu’est-ce que la légitime défense ?

Pour que les humains puissent vivre ensemble, il faut des lois qui dictent ce qui est permis et ce qui est défendu. Il faut aussi des juges qui tranchent quand il existe des conflits et quand ces lois ne sont pas respectées. Les citoyens ne peuvent pas rendre justice eux-mêmes ! Sans les lois, sans la justice, ce serait la loi de la jungle : œil pour œil, dent pour dent !
Les lois permettent cependant qu’une personne gravement menacée ou agressée puisse se défendre, ce qui peut impliquer qu’elle port elle-même volontairement des coups ; cela peut parfois entraîner la mort de son agresseur. Elle peut ainsi se protéger ou protéger quelqu’un.
Se défendre avec violence quand on n’a pas d’autre choix, cela s’appelle la de « légitime défense ». Légitime donc normale dans ces circonstances. Si une défense est reconnue légitime par la justice, il n’y a pas de faute, pas d’infraction. Et donc, pas de sanction non plus.
Attention, la légitime défense ne peut pas être une vengeance et elle est loin d’être un « permis de tuer » ! Elle ne peut être reconnue par la justice que si certaines conditions sont respectées.

Cinq critères

Pour qu’une défense soit reconnue légitime, ces conditions sont les suivantes.

  1. Il faut se trouver confronté à une agression, déjà commencée ou imminente. Exemple : Un voleur, découvert dans un musée, crie devant témoins qu’il n’est pas armé et qu’il ne bougera pas. Le gardien lui tire une balle dans le bras. Ce gardien sera jugé pour coups et blessures volontaires alors que le voleur ne l’a pas agressé. Pas question de légitime défense !
  2. Il faut une agression contre des personnes, soi-même ou autrui mais pas contre des biens. On ne peut pas abattre un voleur qui n’est ni menaçant ni violent. Exemples : Quand un propriétaire tire, de sa fenêtre, sur un individu qui crève les pneus de sa voiture, il ne peut pas invoquer la légitime défense. C’est aussi le cas du bijoutier condamné : il a tiré sur les cambrioleurs parce qu’il voulait récupérer les bijoux volés mais sa vie n’était pas en danger.
  3. L’agression doit être injustifiée. Exemple : Un père veut pénétrer dans sa maison en feu pour sauver son enfant qui s’y trouve toujours. Un passant essaie de l’en empêcher. Le père lui donne des coups pour entrer et le passant, énervé, le blesse d’un coup de couteau. Ce dernier ne peut pas invoquer la légitime défense.
  4. La défense doit être actuelle, donc immédiate. Exemple : Un étudiant se fait tabasser par un autre étudiant. La semaine suivante, le premier tombe par hasard sur le deuxième et lui porte un coup de couteau alors que l’autre n’est pas menaçant. Ce n’est pas de la légitime défense.
  5. La défense doit être proportionnée à l’attaque Exemple : Le client d’un restaurant se dispute avec le barman. Il s’avance vers le bar avec le couteau ordinaire placé à côté de son assiette. Le barman sort une arme à feu et tire en direction du cœur : ce n’est pas de la légitime défense !

Présomption de légitime défense

La loi précise aussi deux cas où l’hypothèse de la légitime défense doit être prise en compte ; on dit qu’il y a alors, d’office, présomption de légitime défense :

  1. l’homicide ou les coups ont été portés pendant la nuit, pour repousser l’entrée dans une propriété, ce qui peut faire penser qu’il y aurait ensuite attentat contre les personnes ;
  2. l’homicide ou les coups ont eu lieu en se défendant contre des cambrioleurs qui ont, en sus, recours à la violence contre les personnes.

Au juge à trancher

Lorsqu’il y a procès et qu’un prévenu ou un accusé invoque avec vraisemblance la légitime défense, c’est au parquet à éventuellement prouver que ce n’est pas le cas. C’est ensuite au juge du tribunal correctionnel ou à la cour d’assises à en juger et à trancher après analyse du dossier.

Sources : « L’affaire de Gomzée : jusqu’où va la légitime défense » - Cédric Lefèbvre – 25/07/2012. (462)

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