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Facebook condamné par la justice belge

Le 8 février 2016

Mots-clés associés à cet article : Vie privée , Facebook , Commission de protection de la vie privée

Facebook condamné par la justice belge

Facebook a été condamné par la justice belge ! Le réseau social ne peut plus épier les personnes qui n’ont pas de compte Facebook, ce qu’il faisait à leur insu.
Il doit être plus attentif à la protection de la vie privée.

Explication : chercher une date de concert, un covoiturage, une recette de cuisine… tout se trouve facilement sur Facebook, via la page d’une chaine de magasins, d’une association ou d’une personne ou encore en cliquant sur un site qui contient un lien vers Facebook. Pas même besoin d’y avoir soi-même un compte. Le problème, c’est que dès qu’une personne arrive sur Facebook, celui-ci place sur son ordinateur un cookie qui l’informe des pages consultées et ce, même si cette personne n’a pas ouvert un compte personnel.

Épier… pour gagner de l’argent

Pourquoi cette pratique ? Mais pour connaitre cette personne, ce qu’elle aime, ce qu’elle cherche, ce qu’elle achète et pas seulement son sexe, son âge et quelques informations qu’elle a postées elle-même. L’ensemble de ces renseignements permet à Facebook de créer ce qu’on appelle un « profil de consommateur » : telle jeune fait du sport, achète du maquillage de marque, tel autre se rend souvent au cinéma et consomme de l’alcool… Ces informations intéressent évidemment les sociétés de marketing qui peuvent les utiliser pour faire de la publicité très ciblée et donc vraisemblablement plus rentable. Faites l’expérience, vérifiez quelles publicités vous recevez via Facebook : ce ne sont pas n’importe lesquelles, ni les mêmes que celles de votre copine, votre mère ou votre petit frère… Vous pouvez aussi observer cette pratique en cliquant sur l’onglet Confidentialité – Plus de paramètres – Publicité - Publicité basée sur mes préférences.
Facebook n’est pas un service ou une association caritative ! Il vit des revenus de la vente de ces listes aux sociétés de marketing et de la publicité qu’elle entraine. Rien qu’en 2014, Facebook a perçu 28,68 dollars par utilisateur aux Etats-Unis et au Canada et 11,6 dollars en Europe.

Est-ce grave docteur ?

Ces cookies posent-elles problème ? Oui, parce qu’elles ne respectent pas le droit à la vie privée. Et cela, même si respecter la vie privée aujourd’hui ne veut plus dire, comme auparavant, cacher un maximum d’informations personnelles. Aujourd’hui, via des cartes (de banque, de magasins, de clubs sportifs, de services de santé…), des réseaux sociaux, des caméras de surveillance… tout le monde livre énormément d’informations personnelles, volontairement ou non. Le droit à la vie privée est donc devenu celui de savoir que des informations sont collectées d’une part et d’autre part, de connaitre l’utilisation qui en est ensuite faite.
Or Facebook a collecté des données sans en avertir les personnes concernées et sans qu’elles sachent ce qu’allaient devenir ces informations. C’est pourquoi la Commission de protection de la vie privée l’a assigné en justice devant le tribunal de première instance de Bruxelles. Celui-ci l’a condamné à mettre fin à cette pratique le 9 novembre 2015.

Que dit la loi belge ?

Pour la loi belge, tout citoyen doit savoir quelles données personnelles sont collectées et dans quel but. Cela signifie aussi qu’une société qui collecte ces données doit obligatoirement proposer un moyen de savoir quelles informations elle engrange et avec quel objectif.
Chacun doit encore pouvoir demander, en ligne, l’effacement de données qu’il ne souhaite plus voir circuler.
L’article 12 de la loi « Vie privée » du 8 décembre 1992 précise encore que toute personne peut s’opposer gratuitement et sans justification à l’utilisation de ses informations pour du marketing.
Actuellement, de rares outils permettant d’obtenir ces informations existent mais ils sont mal connus et vraiment compliqués à utiliser. Ils devraient donc être multipliés et simplifiés.

On n’a rien à cacher mais…

Existe-t-il aujourd’hui encore des raisons, un sens, à vouloir préserver parfois sa vie privée ? On peut se dire qu’on n’a rien à cacher ! Pourtant, ceux qui découvrent quelles sont les données les concernant enregistrées et conservées par Facebook sont souvent mal à l’aise : d’une certaine manière, Facebook en sait plus sur nous que nous-mêmes ! Facebook n’oublie rien donc connait un passé qu’on peut avoir ou vouloir oublier. Et, via de puissants calculs statistiques, il peut prévoir nos comportements futurs !
À certains moments, nous avons tous besoin de nous préserver du regard d’autrui, de ne pas vivre sur la place publique par exemple lorsqu’il est question d’amour, de confiance, d’affection. C’est aussi parce que la vie privée doit être respectée qu’il est possible d’exercer d’autres droits fondamentaux comme la liberté d’expression, de pensée, de mouvement. Le respect de la vie privée apparait comme la condition des autres libertés.

Source : « Facebook condamné… » - Élise Degrave – 13/01/2016 - www.justice-en-ligne.be

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