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Un malade mental n’est pas responsable de ses actes. Il ne peut être mis en prison

Le 4 novembre 2016

Commençons par un simple exemple, même si nous savons que, dans la réalité, les situations sont toujours plus compliquées.

Un malade mental n'est pas responsable de ses actes. Il ne peut être mis en prison

Supposons un homme qui se croit réellement poursuivi par des tueurs alors que ce n’est pas du tout la réalité mais il souffre d’une maladie mentale. Un jour, il pense être en face d’un de ses poursuivants et se croit en danger de mort. Alors, il se défend, agresse violemment ou tue une personne qui ne lui voulait pourtant aucun mal.

« Interné », c’est-à-dire ?

Lorsqu’il sera jugé, cet homme sera sans doute déclaré « irresponsable » de ce crime. En effet, pour qu’une personne soit condamnée à une peine, il faut qu’elle soit responsable des faits commis. Si elle n’est pas consciente de ce qu’elle fait, elle ne peut pas en être responsable.
À cause de sa maladie mentale, l’homme de notre exemple a cru se défendre d’une réelle attaque alors que celle-ci n’existait pas. Selon la loi, cet homme est malade et il a besoin d’être soigné.
Il ne doit pas aller en prison mais être interné dans un centre psychiatrique. Il y bénéficiera non seulement de médicaments adaptés à sa maladie mais aussi d’une prise en charge par des psychiatres et un personnel spécialisé et cela, dans un environnement adéquat.
Cet internement n’est pas une peine, une punition, mais une décision prise pour protéger la société et, en même temps, soigner la personne pour lui permettre de se réinsérer dans la société.

Un interné, c’est donc une personne déclarée irresponsable de l’infraction qu’elle a commise.
Et pourtant… En Belgique, 800 internés vivent non pas dans un centre psychiatrique mais bien dans les prisons parce qu’il n’y a pas suffisamment de place dans les centres psychiatriques existants. Ils se retrouvent alors dans l’annexe psychiatrique d’une prison quand il y a de la place ou dans la prison elle-même s’il n’y en a pas.
Ils ne sont donc pas soignés comme ils devraient l’être.

La Belgique condamnée

Le 6 septembre 2016, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la Belgique à propos de la situation des internés. Ce n’est pas la première fois, elle l’avait déjà fait à plusieurs reprises, notamment en janvier 2013. Des organisations non gouvernementales (ONG), comme la Ligue des droits de l’homme et l’Observatoire international des prisons, dénoncent également régulièrement cette situation.
La Cour condamne la Belgique parce qu’elle juge que celle-ci ne respecte pas différents articles de la Convention des droits de l’homme, par exemple l’article 3 qui interdit les traitements inhumains et dégradants : ne pas être soigné lorsqu’on est malade, vivre dans un lieu inapproprié pendant des mois, sans espoir réaliste d’un changement, est une épreuve telle qu’elle peut être considérée comme un traitement inhumain et dégradant. Toute personne a droit à une vie digne.

Deux ans pour se mettre en ordre

Considérant que la situation des internés en Belgique est un problème lié au fonctionnement du système pénitentiaire, la Cour européenne des droits de l’homme accorde un délai de deux ans à la Belgique pour qu’elle se mette en ordre.
Elle a pris ce qu’on appelle un « arrêt pilote ». Elle encourage l’État à prendre des décisions qui permettront de diminuer le nombre de personnes ayant commis des crimes ou des délits alors qu’elles souffrent de maladies mentales et sont privées des soins dont elles ont besoin dans les annexes psychiatriques des prisons.
Si la Belgique n’agit pas, ou pas suffisamment, la Cour européenne condamnera à nouveau la Belgique ; de nombreux recours sont en attente sur ce point devant cette Cour, qui siège à Strasbourg.
La Belgique pourrait aussi être condamnée à des dommages et intérêts.
Actuellement, le SPF Justice et le SPF Santé ont rédigé ensemble un « masterplan » prévoyant notamment une centaine de nouvelles places dans des centres de psychiatrie. Aujourd’hui, 800 internés vivent en prison ou en annexe psychiatrique… Il y a donc du pain sur la planche.

D’ici quelques jours, Questions Justice publiera une interview du psychiatre Isy Pelc, qui donne son point de vue sur ces questions.

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