L’actualité commentée

Mars 2018

« Ni juge, ni soumise », ni tout à fait la justice...

Le 1er mars 2018

Le film « Ni juge, ni soumise » est sorti sur les grands écrans et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il fait parler de lui. Au sein de notre rédaction aussi, les avis sont partagés, et il nous a semblé important de vous exposer nos réserves.

Mots-clés associés à cet article : Juge d’instruction , Cinéma

Les réalisateurs de Strip-Tease ont suivi pendant quelques mois Anne Gruwez, juge d'instruction à Bruxelles. Anne Gruwez est une juge expérimentée, drôle, attachante, originale, truculente parfois... Bref, un personnage.
Et c’est là que le bât blesse : c’est un personnage qui est filmé, et non la réalité. La juge et les réalisateurs l’ont dit : le film est conçu comme une fiction. Il donne à voir une extraordinaire comédienne de la vie, mais il bouscule les frontières avec la réalité. Car si toute la mise en scène est construite, les personnes filmées sont, elles, bien réelles. Enquêteurs, suspects auditionnés, avocats et victimes, et bien sûr, la juge d’instruction. Or, elle ne représente qu’elle-même, et bien entendu pas tous les juges d’instruction.

Quiconque s’est présenté devant un juge sait que certains sont austères, d’autres timides et réservés. Certains manient l’humour avec délectation, d’autres affichent une rigidité sans concessions. Celui-là tonne et se pare de sa superbe, celle-ci s’adresse aux gens avec compassion. Car il y a autant de figures du juge que de personnes suspectes, de victimes courageuses ou démolies, de petits brigands ou de vrais salopards. C’est la vie, dans ses multiples facettes, avec toutes ses couleurs.
En donnant une voix et un visage à toutes ces figures, « Ni juge ni soumise » fait peut-être oeuvre utile, mais en confondant ainsi les limites entre la réalité et la fiction, il risque aussi de ne donner qu’une seule voix et un seul visage à la justice. Ce n’est pas la réalité.

Pour notre part, sur Questions-Justice, en proposant différentes capsules de présentation, nous souhaitons simplement expliquer un métier, un rouage, une procédure. Voici ce que nous vous proposions sur le métier de juge d’instruction.

Commentaires

  1. « Ni juge, ni soumise », ni tout à fait la justice...

    6 mars 2018

    Maurice Krings

    J’apprécie cette mise au point de "Questions justice".

    J’ai vu le film et j’ai aimé voir comment Anne Gruwez (que je connais depuis à peu près 40 ans) "joue" sa fonction de juge d’instruction. Mais c’est effectivement elle qui joue sa fonction de juge. Les autres personnes ne jouent pas et on est parfois gêné de se dire que les suspects, prévenus, enquêteurs, le greffier et les avocats sont des "faire-valoir" de la juge Anne Gruwez.
    Il est bon que la population voie comment la justice se passe, mais en ayant vu le film et le travail au quotidien de la juge d’instruction, le public n’a qu’une vue très partielle de la justice, même une vue très partielle du travail de l’ensemble des juges d’instruction.
    Ceci dit, l’expérience de filmer un juge d’instruction au quotidien a le mérite d’avoir été faite et Anne Gruwez a le mérite de s’être laissé filmée telle qu’elle est dans la vie de tous les jours. Avec ses outrances, ses coups de cœur et sa sensibilité.

  2. « Ni juge, ni soumise », ni tout à fait la justice...

    7 mars 2018

    Nadine

    Il est indiscutable que la juge Anne GRUWEZ est une personnalité amplement médiatisée et que les feux de la rampe projettent des éclairages éblouissants.
    Je trouve néanmoins sa fonction d’actrice dans ce tournage assez troublante voire dérangeante eu égard à la fonction de juge qui impose discrétion et sagesse.

    En cours depuis des dizaines d’années, il ne peut vous avoir échappé que lorsqu’une profession est déconsidérée - quelles que soient les causes - des séries télévisées, plus ou moins bien inspirées et crédibles, abreuvent les soirées familiales afin de suggérer une autre fresque que l’image dégradée véhiculée par le public.
    Après un casting de circonstance, les rôles sont alors attribués et interprétés par des acteurs et actrices payés pour ce faire. Mais c’est du cinéma. Un miroir aux alouettes.

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