Les rouages de la justice

Vivre sa condamnation pénale

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Un rapport effarant sur l’état dramatique des prisons belges

Le 28 février 2017

L’Observatoire international des prisons (en bref, l’O.I.P.) vient de publier un rapport de 261 pages concernant les conditions de vie de vie dans les prisons belges, de 2014 à 2016.

Un rapport effarant sur l'état dramatique des prisons belges

Comme le dit son nom, l’objectif de l’O.I.P. est d’observer les conditions de détention mais aussi d’alerter les pouvoirs publics à leur sujet en dénonçant le non-respect des droits humains des détenus.

Grâce à un réseau d’informateurs composé de détenus, de familles, d’avocats et de travailleurs en milieu carcéral, l’O.I.P. récolte et recoupe de multiples informations, par exemple celles qui concernent la santé et l’hygiène.

Insalubrité et manque d’hygiène

Dans les anciennes prisons, les conditions de vie sont souvent totalement malsaines. Des détenus se retrouvent à trois par cellules de 9 m2. Le troisième matelas est installé à terre et les draps (lavés seulement une fois par mois) sont noirs de saleté. L’humidité provoque de la moisissure sur les murs et la peinture s’écaille. La toilette n’est pas isolée ou, pire, elle est absente et les prisonniers doivent utiliser un seau hygiénique. À l’absence d’hygiène s’ajoute donc l’absence d’intimité.

Les produits d’entretien comme les produits de soin (dentifrice, brosse à dents, etc.) doivent la plupart du temps être achetés à la cantine, des achats impossibles pour les détenus sans ressource.

Autres problèmes encore : le manque d’aération et la température, trop froide en hiver, trop élevée en été. Même si le thermomètre indique 35°, les douches ne sont accessibles qu’une fois tous les trois jours. Leur fonctionnement n’est pas toujours correct.

La surpopulation accentue tous ces maux et les périodes de grève les rendent encore davantage insupportables pour les détenus. Ainsi, lors des dernières grèves, il est arrivé que des détenus, à trois dans 9 m2, n’aient pas eu accès aux sanitaires pendant quinze jours ! Il est renvoyé sur ce point aux deux articles suivants publiés sur Questions-Justice : « Prisons francophones : trois semaines de grève sans solution ! » et « Grève dans les prisons : des détenus attaquent l’État belge ».

Cette description concerne les anciennes prisons, largement majoritaires en Belgique. Il existe en effet une importante différence entre ces vieux établissements pénitentiaires (Forest, Saint-Gilles, Namur, Berkendael, Marneffe, etc.) et les prisons récemment construites (Marche, Ittre). La nouvelle prison de Marche, par exemple, possède des cellules individuelles de 9 m2. Celles-ci sont éclairées naturellement et correctement équipées : lit, bureau, chaise, téléphone et télévision et encore coin sanitaire avec évier, toilette et douche individuelles.

Des briques et des murs

L’O.I.P. dénonce ces conditions de vie et le non-respect des décisions de justice. En effet, le 25 novembre 2014, la Cour européenne des droits de l’homme avait imposé à la Belgique de mettre fin aux problèmes nés de la surpopulation, du manque d’hygiène et de la vétusté des établissements pénitentiaires.

Pour répondre à cette obligation, l’État belge envisage la création de nouvelles prisons.

Pour l’O.I.P., ces nouvelles prisons ne répondent pas aux problèmes existants et ce, d’autant moins que les anciennes prisons seront maintenues.

Ces nouvelles prisons risquent d’être déshumanisées puisque des caméras pourront y remplacer des surveillants. Elles ne proposeront pas davantage de travail et de formation, déjà actuellement trop peu accessibles aux détenus. Et comme elles sont construites via des partenariats public-privé, elles verront diminuer le nombre d’heures de travail des gardiens et du service psycho-social. Un recul de plus pour le bienêtre des détenus.

Autre problème encore, souligné par l’O.I.P. : l’éloignement géographique de certaines nouvelles prisons (Vresse-sur-Semois par exemple) et leur inaccessibilité par des transports en commun, augmenteront la désocialisation des détenus.

Pas de soins pour les internés

Autre élément marquant du rapport de l’O.I.P. : la situation des internés.

Plusieurs fois condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme au sujet des annexes psychiatriques dans les prisons, la Belgique n’a guère réagi.Il est renvoyé sur ce point aux deux articles suivants publiés sur Questions-Justice : « Un malade mental n’est pas responsable de ses actes. Il ne peut être mis en prison » et « Soigner des malades et protéger la société : un défi ! – Regard d’un psychiatre ».

L’O.I.P. estime inadmissibles les conditions de vie des malades ou handicapés mentaux vivant dans les prisons : reconnus irresponsables de leurs actes, ils ont droit à des soins appropriés auxquels ils n’ont, dans les faits, pas accès. Quelles que soient les pathologies qui peuvent être très variées, ces malades se retrouvent tous ensemble dans les annexes ou, pire, disséminés parmi les autres détenus.

La peine de prison : un non-sens

L’O.I.P. estime que la peine de prison est, à la fois, chère et inefficace. Un détenu coute effectivement quarante euros par jour à l’État. Les chiffres de la récidive montrent, eux, qu’un emprisonnement ne change pas réellement les personnes détenues. Au contraire, il augmente les difficultés des prisonniers en provoquant l’isolement et la perte d’emploi sans offrir de perspectives d’avenir. D’autre part, l’absence de soins de qualité et de respect des droits humains ne peut qu’envenimer des situations personnelles, familiales et sociales, le plus souvent déjà bien compliquées.

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