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Élections européennes : vote obligatoire pour les 16-17 ans après l’arrêt de la Cour constitutionnelle !

Le 20 juin 2024

Les élections européennes auront lieu le 9 juin prochain. Jusqu’à présent, il fallait avoir 18 ans pour voter à ces élections européennes mais, dorénavant, les jeunes de 16 et 17 ans voteront également. Selon la loi, ils n’y étaient toutefois pas obligés, contrairement aux adultes.
Cette question a été soumise à la Cour constitutionnelle, qui a rendu un arrêt sur ce point le 21 mars dernier.
Que dit cet arrêt et quelle en est la leçon ?

Photo de Edwin Andrade sur Unsplash

Une première loi, datée du 1er juin 2022, en a décidé : les jeunes de 16 et 17 ans pourront aussi voter aux élections européennes. « Pourront », donc cela serait facultatif, ils auraient le choix : donner leur avis ou pas. S’ils décidaient de voter, ils devraient s’inscrire sur une liste d’électeurs.

Voter seulement si…

« Pas d’accord ! », a réagi la Cour constitutionnelle belge le 20 juillet 2023 : si les jeunes sont capables d’avoir un avis, de choisir un parti ou un candidat qui représente cet avis, on ne voit pas pourquoi ils devraient s’inscrire sur une liste pour avoir le droit de voter ! Et la Cour rappelle que le droit de vote est un droit fondamental dans une démocratie.
Après cet arrêt – ainsi nomme-t-on un jugement de la Cour constitutionnelle –, une loi ultérieure, datant du 25 décembre 2023, confirme que les jeunes de 16–17 ans pourront voter pour le Parlement européen sans devoir s’inscrire sur une liste d’électeurs mais, pour eux, contrairement à ce qui est applicable aux électeurs adultes, le vote n’est pas obligatoire : la loi ne prévoit aucune sanction s’ils ne vont pas voter

Un citoyen en désaccord

Un simple citoyen s’adresse alors à la Cour constitutionnelle et lui demande la suspension de cette décision. Puisque le droit de vote est un droit fondamental dans une démocratie, il est logique, normal, que toute personne s’y intéresse, se sente concernée. Donc oui, la Cour constitutionnelle admet et va examiner la demande du citoyen.
Le Conseil des ministres, lui, défend la loi du 25 décembre 2023. Il estime que les 16-17 ans ne peuvent pas être jugés et punis comme des adultes puisqu’en cas d’infraction, ils dépendent du tribunal de la jeunesse. Donc on ne peut pas les comparer à des adultes et donc, non, on ne peut pas leur imposer le vote, comme aux plus de 18 ans.

Qu’en dit la Cour

« Pas d’accord ! », dit à nouveau la Cour constitutionnelle dans son récent arrêt n° 35/2024 du 21 mars 2024. C’est vrai qu’un jeune et un adulte ne sont pas pareillement traités en cas d’infraction mais on peut tout de même les comparer. On constate alors que deux catégories d’électeurs – les plus de 18 ans et les 16-17 ans – sont traités différemment : les uns doivent voter, les autres ont le choix. Le droit de vote étant un droit fondamental, une base de la démocratie, il faut de très sérieuses raisons – des « motifs impérieux d’intérêt général », dit la Cour – de ne pas traiter tous les votants de la même façon.
La Cour ne relève pas de « motifs impérieux d’intérêt général ». Par exemple, elle ne reconnait pas la volonté « de ne pas mettre la pression sur les jeunes, de créer une transition avant que ce vote devienne obligatoire » comme pouvant justifier un vote facultatif chez les plus jeunes…
Elle n’est pas non plus d’accord avec le Conseil des ministres qui trouve que changer la loi – ou en tous cas suspendre la décision d’un vote facultatif – perturberait l’organisation de l’élection du Parlement européen. Non, dit la Cour, vu l’importance essentielle du droit de vote dans un État démocratique, il serait bien plus grave d’organiser ces élections en ne traitant pas tous les votants – jeunes et adultes – de la même façon.
Il résulte de cet arrêt que, comme leurs aînés, les jeunes de 16 et 17 ans seront obligés de voter aux élections européennes du 9 juin prochain.
Il ne s’agit toutefois que d’un arrêt de suspension. La Cour doit encore se prononcer sur la demande d’annulation de la loi suspendue et ce, dans les trois mois qui suivent le prononcé de l’arrêt de suspension, c’est-à-dire le 21 juin 2024 au plus tard.

Un arrêt important

Dans son article publié sur Justice-en-ligne (« Les bureaux de vote ne sont pas des self-services : les leçons de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 21 mars 2024 »), le professeur Marc Uyttendaele insiste sur les leçons de l’arrêt de la Cour constitutionnelle. Il détaille :

  • alors qu’en Flandre, le vote n’est plus obligatoire pour les élections locales, alors que certains Belges voudraient annuler l’obligation du vote, la Cour affirme que l’obligation de voter est d’une importance capitale pour maintenir un État démocratique ;
  • la Cour souligne l’importance de traiter tous les citoyens de la même façon ;
  • pour elle, être citoyen implique des droits et des devoirs, dont celui d’être acteur de son devenir et de celui de la société : être indifférent, par exemple à une élection, n’est pas un droit mais devrait plutôt être punissable.

Alors que le taux d’absentéisme lors des élections belges est réel (11,6 % en 2019), il n’est jamais plus puni par le tribunal de police, comme si ne pas voter n’avait finalement pas grande importance. Les autorités tant politiques que judiciaires devraient réagir et protéger ce vote obligatoire, fondamental dans un pays démocratique.

Les suites de l’arrêt du 21 mars 2024

Les jeunes de 16 et 17 ans doivent donc voter. S’ils ne le font pas, ils devraient, comme c’est le cas pour les adultes, être obligés de payer une amende.
Pourtant, cela ne sera sans doute pas le cas. En effet, selon la presse, le Ministre de la Justice et le Collège des procureurs généraux auraient décidé qu’il n’y aura pas de suite (de « poursuite pénale ») quand un jeune n’ira pas voter. La Constitution leur donne le droit de prendre cette décision, qu’on appelle une « directive de politique criminelle ».
En résumé donc : tous les électeurs, en ce compris les jeunes, doivent voter mais, grâce à cette directive, il n’y aurait pas de suite s’ils ne le font pas. Questions-Justice expliquera prochainement en quoi consistent ces « directives de politique criminelle ».

Par son arrêt n° 68/2024 du 20 juin 2024, la Cour a annulé la disposition législative suspendue par son arrêt du 21 mars 2024.

Remarque importante

Aux autres élections, fédérales et régionales, qui auront également lieu le 9 juin 2024, il faudra toujours avoir 18 ans minimum pour voter et le vote y sera bien légalement obligatoire, même si la directive de politique criminelle dont il est question ci-avant s’y appliquera sans doute également.

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