L’actualité commentée

Février 2020

Les mots font le mur

Le 25 février 2020

Casanova, Malraux, Dostoïevski ou encore Frédéric Beigbeder, Clément Marot et Nazim Hikmet : leurs époques et leurs origines sont différentes mais voyez-vous leur point commun ? Non ? Je vous aide ! Je leur ajoute François Villon et Paul Verlaine, Jacques Mesrine, Albertine Sarrazin et Alexandre Soljénitsyne. Vous y êtes ? Oui ? Tous ont connu la prison, pour divers motifs, et tous en ont fait un sujet d’écriture.

Mots-clés associés à cet article : Prison , Prisonnier , Privation de liberté , Littérature

Image @ pxhere

L’enfermement : un thème littéraire !

L’enfermement donc, c’est une évidence, apparait un thème littéraire récurent, à travers les siècles et les pays, de la « Ballade des pendus » aux « Frères Karamazov », du « Comte de Monte Cristo » à « La prisonnière de Malika Oufkir » ! « De tout temps, des auteur.e.s ont connu la prison et des prisonnier.e.s sont devenus auteur.e.s », commente la Maison du livre.
Regroupant, répertoriant une soixantaine d’auteurs, parmi lesquels seulement quatre femmes, la « Maison du livre » interroge la détention, la prison. Impossible d’échapper aux questions de base : enfermer qui ? Enfermer pourquoi ? Enfermer comment ? Enfermer et puis ? Et pourquoi, malgré tous les constats négatifs quant aux bienfaits de la prison, avoir toujours recours à cet enfermement ?
D’autres auteurs ont étudié l’enfermement, sans avoir résidé en prison comme Michel Foucault, que l’on peut écouter donner un avis argumenté et incisif.

Parole aux intéressés

« Est-ce qu’on peut dire la prison ? Est-ce qu’on peut dire le silence, est-ce qu’on peut dire les larmes lentes et secrètes après l’extinction des feux, parfois, est-ce qu’on peut dire l’amitié des voyous et des assassins, des voleurs ? », interroge Pierre Goldman.
Oui, répond « La Maison du livre » en ne se limitant pas à nous faire découvrir ces plus ou moins illustres prisonniers. Elle donne la parole aux détenus d’aujourd’hui via des lettres, des poèmes, des dessins, des commentaires rédigés lors d’atelier d’expression, d’écriture. Des phrases souvent courtes, qui frappent : « Quand vient l’heure de la fin de la visite, une partie de vous-même s’éteint », écrit une mère qui a pu, un court moment, voir son enfant. Ou bien, sur un « billet de rapport » tel que les détenus doivent en remplir s’ils ont une demande : « Bonjour, s’il vous plait, je voudrais que quelqu’un de votre service me voir, urgent merci droits de l’homme ». Ou encore : « Regard de l’autre. Regard des autres. Dehors. Dedans. Intimité bafouée. Intimité bannie. Respect… Où ? Quand ? ».

Une cellule

Vous avez déjà vu des photos, des reportages et vous croyez avoir déjà bien compris ce qu’est une cellule de prison lorsque vous entrez dans la cellule témoin, reproduite dans l’expo. En découvrant les murs sales, l’espace étriqué, moche, triste, vous vous demandez comment on peut s’y sentir bien et même, comment on peut y respirer ? Dans 9 m2, deux lits superposés, impeccablement refermés au carré, occupent le côté droit et, dit une affiche « On change les draps de lit tous les quinze jours et les couvertures une fois par an ». En face, une table, pas plus grande que celles des hôpitaux, et deux chaises sont à l’étroit. En coin, un petit évier permet de se laver les jours sans douche (deux fois par semaine), de faire la vaisselle et parfois la lessive. S’y trouve d’ailleurs un caleçon. Une minuscule étagère avec trois planches de maximum 40 cm2 est sous un calendrier « Petit farceur » de 2015. Dans l’autre coin, le WC est caché (?) par un paravent troué haut d’à peine un mètre. Et là, dans cette cellule type, cet espace réduit, il s’agit de vivre à deux, sans s’être choisis, 23 heures sur 24. Comment ne pas se sentir oppressé en permanence ?
Partout des affiches sont punaisées ou pendues avec une ficelle. Les officielles, comme le Règlement d’ordre intérieur ou « Ne pas être en singlet dans le couloir » en voisinent d’autres, plus personnelles : « À mon grand fils que j’aime, bon anniversaire, maman ». Des photos sont collées ça et là, images de filles peu vêtues, de foot, d’une famille aussi sur laquelle on peut lire « J’ai peur d’oublier ton visage ».
En quittant la cellule, une dernière affichette nous glace : « En cas d’urgence, attendre lundi et remplir fiche message » !

Renseignements

« Les mots font le mur » est à voir jusqu’au 20 mars à la Maison du livre, 28, rue de Rome à Saint-Gilles. Mardi de 14 à 17 heures, mercredi à vendredi de 14 à 18 heures et samedi de 10 à 13 heures, ainsi que sur rendez-vous. Entrée libre. Visites guidées pour groupes scolaires ou autres. Multiples documents d’ateliers d’écriture issus de différentes prisons, via différentes associations d’aide aux détenus.

Autres manifestations à découvrir sur le site www.lamaisondulivre.be.

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