Invitation à la lecture : « Impossible »

par Erri De Luca

24 août 2026

Deux hommes se sont suivis en escaladant les Dolomites le même jour. Ce ne sont pas des inconnus : quarante ans plus tôt, ils appartenaient au même groupe révolutionnaire et le premier a livré ses anciens compagnons. Ceux-ci ont passé de nombreuses années en prison…
Pendant l’escalade, le premier des deux est soudain tombé dans le vide. Le second a appelé les secours mais le premier est mort. Le second homme est donc maintenant accusé de l’avoir tué. Il est incarcéré. Pour le juge qui l’interroge, toute coïncidence est impossible, ces deux anciens compagnons ne se sont pas trouvés par hasard le même jour au même endroit…

PNG - 171.6 kio« Impossible » est un roman procès-verbal, questions et réponses se suivent, écrites dans la typographie d’une machine à écrire. Face à face, le vieux militant révolutionnaire et ce jeune juge d’instruction convaincu de sa culpabilité.

De l’interrogatoire au dialogue

Plusieurs fois, l’accusé a donné sa version des faits mais le juge n’en démord pas. Il veut l’aveu d’un meurtre prémédité, ce que l’accusé nie. Alors il insiste, il revient sur les faits, repose les mêmes questions, reformule, argumente :
- « Comment êtes-vous parvenu à le faire chuter ? Vous étiez en équilibre précaire et vous pouviez tomber vous aussi »
 « Expliquez-le moi, puisque vous pensez déjà le savoir »
 « Je crois le savoir mais il m’est utile de connaitre votre version pour l’intégrer ou la réfuter. Vous talonniez cet homme, vous l’avez rejoint et vous lui avez causé une frayeur fatale ? »
 « Je ne vous suis pas dans vos divagations. Vous avez besoin que je sois coupable ? Parlons-en au tribunal ».
Au fil des pages, l’interrogatoire évolue : le juge et le prévenu – un homme « de la génération la plus poursuivie en justice de l’histoire de l’Italie » - vont débattre de la liberté, de l’engagement politique, de la justice et de la trahison, mais aussi de la montagne et de la nature... Non plus comme un juge et un accusé mais plutôt d’homme à homme…

Du procès-verbal aux lettres

Alternant avec les procès-verbaux des audiences, des lettres (en italiques cette fois) adressées par le prévenu à « ammoremio », la femme qu’il aime à laquelle il adresse depuis sa prison : « Je me demande pourquoi à l’intérieur de ces murs scellés, j’ai envie de t’écrire des choses que je n’exprimerais pas tout haut. Peut-être est-ce le vide autour de moi qui m’aide. Il est différent de celui de la montagne dans lequel je m’agite en grimpant. Ici, le vide me maintient immobile ». Il explique : « Avec le magistrat, il s’agit plus d’un débat que d’un interrogatoire. Il n’a encore fourni aucune preuve et la conversation tourne donc autour de son hypothèse d’accusation. Il l’avance et moi, je la démonte. Je n’éprouve aucune hostilité envers cet homme qui a l’âge du fils que je n’ai pas. Je lui ai conseillé d’aller en montagne ».

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