L’actualité commentée

L’euthanasie en question

Le 1er décembre 2018

La Flandre connaitra prochainement un procès d’assises qui risque de faire couler beaucoup d’encre.
En effet, la justice reproche à trois médecins, dont une psychiatre, de ne pas avoir respecté les conditions imposées par la loi pour pratiquer une euthanasie d’une jeune femme de 38 ans qui souffrait de profonds troubles psychiques. Ils sont poursuivis pour des faits d’empoisonnement.

Confronté à une demande d’euthanasie, le médecin est soumis à des questions éthiques fondamentales. Mais elle soulève aussi d’épineuses questions juridiques. Alors que l’euthanasie était totalement interdite, un loi de 2002 l’a partiellement dépénalisée, mais à certaines conditions strictes.
Le premier procès de ce type qui se déroulera en Belgique prochainement va inévitablement rouvrir un débat difficile.

La loi du 28 mai 2002 précise les conditions dans lesquelles une euthanasie peut être pratiquée. Simultanément, elle crée une commission chargée de contrôler et d’évaluer l’application de cette loi.
Pour la première fois depuis 2002, après le contrôle d’un dossier, la commission a envoyé celui-ci au procureur du Roi. Cela signifie qu’elle a estimé que l’euthanasie n’avait pas été pratiquée dans le respect de la loi. Le procureur du Roi doit maintenant décider s’il poursuit ou non les médecins concernés et donc s’il estime que ceux-ci doivent ou non être jugés.

Des conditions à respecter

En fait, la loi belge donne le droit non pas à l’euthanasie mais à une demande d’euthanasie. Légalement, toute personne a le droit de demander à un médecin de la lui accorder. À son tour, ce médecin respectera une procédure précise. Il informera le patient de son état de santé et de son espérance de vie. Il envisagera avec lui les possibilités thérapeutiques et de soins palliatifs pour constater avec lui qu’il n’y a « aucune autre solution raisonnable dans sa situation ». Si le décès ne doit pas se produire très rapidement, ce médecin doit consulter un confrère à propos de la gravité de la maladie, de la souffrance constante, insupportable et inapaisable comme du caractère volontaire et répété de la demande du patient. Après la demande écrite de celui-ci, il doit encore attendre un mois pour pratiquer l’euthanasie.
En mai 2002, les conditions pour obtenir une euthanasie ont donc été définies par la loi belge :

  1. le patient doit éprouver des souffrances physiques et/ou psychiques constantes, insupportables et inapaisables ;
  2. ses souffrances ne peuvent être soulagées par la médecine ;
  3. il doit être majeur au moment de sa demande ;
  4. il doit être capable et conscient, au moment de sa demande ;
  5. il doit formuler sa demande par écrit, volontairement, et la répéter ;
  6. il ne peut pas faire l’objet de pressions extérieures.

Les mineurs aussi

Depuis le 28 février 2014, les mineurs peuvent également demander une euthanasie. Des conditions supplémentaires et/ou différentes doivent alors être respectées :

  • le mineur doit être capable de discernement (en d’autres mots, il doit être conscient de ce qu’il décide) ;
  • ses souffrances ne peuvent pas être seulement psychologiques ;
  • sa mort doit être très proche ;
  • un pédopsychiatre ou un psychologue a été consulté ;
  • ses parents ont donné leur accord écrit.

Contrôle et vérification

Après avoir pratiqué une euthanasie, le médecin doit impérativement communiquer une déclaration d’euthanasie à la commission fédérale de contrôle et d’évaluation pour permettre à cette dernière de vérifier que la loi a bien été respectée.
Cette commission est composée par seize membres, élus pour quatre ans par arrêté royal. Si une majorité des 2/3 estime que les conditions d’accepter une euthanasie n’ont pas été respectées, la commission envoie le dossier au procureur du Roi du lieu de décès du patient.
Dans le dossier qui sera bientôt jugé par la cour d’assises de Gand, la famille de la jeune femme décédée a déposé plainte contre les médecins pour deux raisons :

  • d’abord, car les trois médecins n’auraient pas dû accepter la demande d’euthanasie sans se concerter entre eux, d’une part, car la jeune femme n’était pas atteinte d’une maladie incurable, d’autre part ;
  • ensuite, les conditions techniques dans lesquelles l’euthanasie a été pratiquée auraient été insuffisantes et traumatisantes pour la famille.

La cour d’assises de Gand va donc devoir trancher dans cette affaire très délicate

Commentaires

  1. L’euthanasie en question

    2 décembre 2018

    Schobbens Michel

    Dans cette affaire on ne précise pas si la patiente avait rempli les documents prévus
    lors d’une demande et si cette demande avait bien été adressée à la commune.
    D’autre part, si les trois médecins ne se sont pas concertés, je trouve qu’en effet
    il y a un problème. Conditions techniques insuffisantes ? Cela manque un peu de
    précision.
    Pour moi, le traumatisme de la famille ne compte pas sur le plan juridique.
    1° La patiente avait-elle fait la demande d’euthanasie ?
    2° Les médecins avaient-ils des raisons valables de pratiquer cette euthanasie ?
    Pour moi, ce sont les deux questions que devra se poser le Juge.

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