L’actualité commentée

Juin 2019

Jeunes étudiantes et messieurs riches… ou comment déguiser la prostitution

Le 10 juin 2019

En septembre 2017, des camionnettes publicitaires circulent à Bruxelles, aux alentours de l’Université libre de Bruxelles. Sur l’affiche, on peut lire : « Hey les étudiantes ! Améliorez votre style de vie, sortez avec un sugar daddy ! ». L’information complémentaire figure sur le site « RichMeetBeautiful » dont le Norvégien Sigurd Vedal est le patron.

Mots-clés associés à cet article : Sexisme , Prostitution , Prostitution étudiante

Image @ Challenges

De quoi s’agit-il ?

« Sugar daddy », est une expression américaine qui désigne un homme âgé qui « entretient » un jeune. Une personne entretenue, cela signifie une personne qui reçoit de l’argent pour ses besoins, pour vivre. Ce site proposait donc à des étudiantes qui ont du mal à boucler leurs fins de mois de rencontrer des « sugar daddies », soit de riches messieurs plus âgés. En contrepartie de leur accompagnement, ces jeunes femmes recevraient des cadeaux, des bijoux, profiteraient de weekends dans des hôtels luxueux, de soirées à l’opéra, etc. Ces rencontres, selon les promoteurs du site et de la campagne publicitaire, allaient donc aider des jeunes femmes à financer leurs études.

Immédiatement, des réactions négatives

La ministre des droits des femmes, Isabelle Simonis, et le ministre de l’enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt, ont immédiatement réagi très négativement.
De même, le jury d’éthique publicitaire a jugé cette publicité contraire à la dignité humaine après avoir reçu plusieurs plaintes de bourgmestres bruxellois qui ont interdit l’affichage de cette publicité dans leur commune.
L’ULB, particulièrement concernée vu la présence de l’affichage dans ses environs, a porté plainte pour incitation à la prostitution, publicité incitant à la prostitution et sexisme.
Aux yeux de tous ces intervenants, le site RichMeetBeautiful est bien un site de rencontres mais pas de n’importe quelles rencontres, seulement celles d’hommes âgés et riches avec des étudiantes peu argentées. Il n’est, effectivement pas question de rapports sexuels sur le site, pas question non plus de tarif ou de paiement pour ces rencontres mais… tout le monde comprend ! En réalité, il s’agit clairement d’une proposition de prostitution étudiante.
Le site a été rapidement bloqué en Belgique.

C’est bien de la prostitution

En avril 2018, l’affaire arrive devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.
L’avocat de Sigurd Vedal, Éric Cusas, plaide qu’il s’agit « d’un site spécialisé visant à rapprocher certaines personnes avec un physique agréable et d’autres qui sont aisées ». Il estime qu’il n’est pas question d’incitation à la prostitution, les publicités ne faisant pas référence à un acte sexuel.
De son côté, l’avocat de l’ULB, Laurent Kennes, explique : « Nous présumons l’existence d’une contrepartie sexuelle à l’inscription à ce site. Le message est le suivant : ‘Tu es jeune, tu es belle, sors avec un sugar daddy !’ Tout le monde a compris de quoi il s’agit ! ». Au micro de la RTBF, après le jugement, il précise encore : « À partir du moment où le profil qui décrit la jeune femme est de savoir ce qui l’excite, si elle aime être dominée, déguisée… nous savons que nous parlons de sexualité. Et à partir du moment où l’on parle d’échange, de recevoir de l’argent de poche, de faire des visites intéressantes et très chères, de régler les dettes d’un étudiant, c’est de la prostitution, il n’y a pas d’autres mots ! ».

Coupable et condamné…

Le 8 mai 2019, le tribunal correctionnel de Bruxelles a rendu son jugement. Il souligne le non-respect de la personne et estime qu’il ne fait aucun doute que le contenu du site et des affiches entraine des gens à la prostitution.
Sigurd Vedal, patron du site RichMeetBeautiful, est reconnu coupable d’incitation à la prostitution et de diffusion d’une publicité incitant à la prostitution. Il est condamné à six mois de prison avec sursis et à une amende de 20 000 euros.
Sa société, éditrice du site, est condamnée à une amende de 2 400 000 euros.
Sigurd Vedal doit encore payer 5 000 euros de dommages et intérêts à l’ULB.
Le tribunal a également ordonné la confiscation définitive du site.
Le juge n’a pas reconnu le sexisme parce que les propos sexistes ne s’adressaient pas à une personne précise, ce qu’exige la loi pour qu’il y ait condamnation.

Sources : Belga (8 mai 2019) – RTBF (8 mai 2019) – Le Soir (5 avril 2019)

Commentaires

  1. Jeunes étudiantes et messieurs riches… ou comment déguiser la prostitution

    10 juin 2019

    Georges-Pierre Tonnelier

    Rappelons toujours qu’en Belgique, si le proxénétisme est un délit, la prostitution, elle, ne l’est pas...

    Georges-Pierre Tonnelier
    Juriste

  • Je confirme mon accord aux conditions d'utilisation relatives au site Questions-Justice.