L’actualité commentée

« L’homme qui réparait les femmes »

Un film et un Nobel qui réparent le droit

Le 25 janvier 2019

D’ici à demain, 36 femmes congolaises seront violées. Mères, jeunes filles, fillettes, nourrissons. Macabre statistique, éparpillée entre deux chiffres économiques dans les médias, dont il faut impérativement se saisir, s’informer et s’alerter.

Un admirable film documentaire raconte le travail du Docteur Denis Mukwege, qui vient en aide à ces femmes blessé au plus profond d’elles-mêmes : « L’homme qui réparait les femmes », réalisé par Thierry Michel et Colette Braeckman en 2015.
Emma Bourcelet, étudiante dans le bachelier en droit de l’Université de Namur, évoque ce film. Cet article est la version remaniée d’un travail réalisé dans le cours de « Sources et principes du droit » enseigné à la Faculté de droit de l’Université de Namur par le professeur Élise Degrave.

Application du droit

Ces quelques lignes ont pour intention, à travers le film documentaire « L’homme qui réparait les femmes », de révéler le droit dans ce qu’il a de plus fondamental et désarçonnant : son application concrète.
Au cœur d’une République Démocratique du Congo meurtrie, ce long-métrage sonnait déjà l’alarme à propos du viol utilisé comme arme de guerre. En effet, depuis une vingtaine d’années, les conflits successifs, surtout à l’Est, ont anéanti les esprits et tout espoir d’État de droit. Et que dire de la Justice ?
En première ligne, au front sans le vouloir, ce sont les femmes qui subissent, éprouvent et affrontent la terreur. Le viol étant utilisé comme arme de destruction massive à des fins stratégiques par l’ensemble des milices présentes sur le territoire, y compris par l’armée nationale.

Arme de destruction

Qualifiées dans le film de « bon marché mais redoutablement efficaces », ces barbaries perpétrées sur le corps des femmes, impunies pour une large majorité, ont traumatisé le pays en perte de repères. Cette arme n’est pas seulement une relation sexuelle non consentie. Elle est aussi la destruction d’une société en son cœur et son corps, l’anéantissement pur et simple de l’antichambre de la vie.
Violer dans un conflit armé, c’est tuer à petit feu, c’est engloutir l’avenir de celles et ceux que l’on brise.

Octobre 2018, le prestigieux prix Nobel de la paix est attribué au chirurgien gynécologue Denis Mukwege, dont le portrait est dressé tout au long de cette œuvre filmographique.
Le Docteur Mukwege est inspirant. Ses mains ont recueilli des dizaines de milliers d’innocents mutilés de la guerre. Il est ainsi devenu un acteur phare sur la scène internationale de la défense des droits des femmes et l’incarnation à lui seul d’un message d’espoir.

Effectivité ?

Se dégage du film une problématique juridique essentielle et malheureusement d’actualité : l’effectivité des droits fondamentaux.
Une loi est effective si elle a prévu les moyens de son application et que ses destinataires s’y conforment. Cela implique l’existence d’une Justice indépendante et impartiale, disposant de moyens pour se faire entendre.
Or, au Kivu où survivent ces femmes congolaises, existe un manque cruel de moyens juridiques effectifs et d’obéissance des destinataires aux règles de droit.
Les premiers responsables ? Les États, à qui est imputée la responsabilité du respect des droits de l’homme. C’est à eux que revient l’obligation d’aménager les conditions favorables à la protection concrète de ceux-ci.

Dispositions non effectives

Les conventions internationales prohibant la torture et garantissant le droit à un procès équitable ne manquent pas, en témoignent notamment la Charte des Nations Unies (1945), la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (1966), la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (1981) [correspondant pour l’Afrique à la Convention (européenne) de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (1955)].
Autant de dispositions écrites non effectives en comparaison de statistiques accablantes… Trop longtemps cloitrées dans la loi du silence, ces atrocités impunies, vicieusement devenues coutumes, interrogent les limites de notre droit.

Quelles perspectives ?

Certes, notre droit porte en son sein l’ambition d’une utopie, et l’on s’en réjouit. En revanche, il convient d’en saisir pleinement les outils pour tendre vers cet idéal et ne pas le réduire à un vœu pieux.
Éveiller les consciences en attribuant un Nobel par exemple, est un premier pas vers une Justice, vers une Humanité qui reconnaît son humanisme.
Soyons clairvoyants et bienveillants, actionnons les leviers de la Justice et contribuons à faire que le droit soit, aujourd’hui et demain, ici et là-bas, aussi la loi du plus faible.

Commentaires

  1. « L’homme qui réparait les femmes »

    26 janvier 2019

    Michel Schobbens

    D’après tout ce que j’ai lu, cet homme est fantastique et c’est vrai qu’il
    mérite un prix Nobel, car dans ce monde de monstres où il opère
    c’est merveilleux de voir ce dévouement.

  • Je confirme mon accord aux conditions d'utilisation relatives au site Questions-Justice.