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La journée-type d’un surveillant pénitentiaire - interview

Le 22 juillet 2021

Parmi les métiers mal connus, parfois mal considérés et pourtant essentiels, celui de ces hommes et de ces femmes qui, quotidiennement, prennent le chemin d’une prison, appelés ordinairement les « gardiens de prison ».
Comment se passe leur journée ? Nous avons posé cette question à l’un d’entre eux, chef surveillant bientôt pensionné. Il nous détaille un horaire-type, heure par heure.
Dans une seconde interview, publiée dans quelques jours sur Questions-Justice, il répondra à d’autres questions sur son métier.

Mots-clés associés à cet article : Prison , Gardien de prison , Assistant de surveillance pénitentiaire

Questions-Justice (QJ) : On vous appelle…
Assistant de surveillance pénitentiaire(ASP) : … actuellement, nous sommes appelés : assistants de surveillance pénitentiaire.

QJ : Dans le langage courant, on parle de…
ASP : … de maton, de geôlier, de gardien… Le nom qui me gêne le moins, c’est maton mais attention au sens dans lequel on le prend ! Il faut que ce soit dans le sens « observer », parce que c’est quand même le but de notre métier : observer de façon à ce que les détenus ne s’évadent pas, qu’ils puissent faire leur peine, observer aussi dans le sens de voir s’ils vont bien, physiquement, mentalement ou s’ils n’ont pas de problèmes, observer encore pour éviter les mauvaises réactions, comme un suicide : dans ce sens-là, « maton » ne me dérange pas.
Notre métier, autrement dit encore, c’est de voir que le détenu est là, qu’il est bien vivant et, si notre métier est bien fait, de voir qu’il va bien.

QJ : Comment se passe une journée ?
ASP : Première pause-type, en semaine :

  • 6h10’ : C’est l’appel, le chef nous cite aux différents postes de travail qui doivent être occupés. Les agents d’aile – ou de secteur - vont tous faire un tour dans les différentes sections, regardent dans toutes les cellules si le détenu est présent et s’il a bien l’air en vie. Ils rapportent les infos à leur chef d’équipe et l’équipe de nuit peut s’en aller.
  • Suivent 10 ou 15 minutes de briefing : le chef d’équipe rapporte ce qu’il s’est passé dans la pause précédente, les incidents ou les problèmes. Il signale les détenus malades, ceux qui vont devoir être vus par le médecin, ceux qui vont sortir en congés pénitentiaires (au moins une nuit dehors) ou en permission de sortie (une partie de la journée). Il signale aussi ceux qu’il faudra conduire au tribunal ici ou là ou à l’hôpital.
  • Les agents retournent alors sur leur aile et font le contrôle physique, c’est-à-dire qu’ils ouvrent une à une toutes les portes de cellules, disent bonjour aux détenus et voient s’il y a une demande spécifique pour la journée. Ensuite, distribution du café à ceux qui le demandent.
  • Vers 7h15’, on fait sortir les détenus dans des sas : ceux qui vont travailler aux ateliers et les travailleurs domestiques, autrement dit ceux qui font le nettoyage, la cuisine pour la prison. Ensuite, on fait les mouvements (ou déplacements collectifs), donc les détenus quittent ensemble les ailes et les sas pour rejoindre les ateliers ou la cuisine…
  • Cela se calme. Les agents refont un tour, reprennent contact avec les détenus restés en cellule parce qu’ils doivent aller chez le médecin ou sont de sortie ou encore ne travaillent pas ou ne veulent pas travailler, pour voir si rien ne cloche.
  • Ensuite vient le mouvement préau : de nouveau, on prépare les détenus qui veulent aller au préau dans un sas puis on fait le mouvement : on les laisse partir groupe par groupe vers le préau. On donne les douches aux détenus demandeurs et on envoie vers les cours ceux qui les suivent ou vers leur assistante sociale ou encore vers le médecin ou le service psychosocial. On leur ouvre la porte, on les envoie mais on ne les accompagne que rarement s’il s’agit d’un détenu considéré comme dangereux ou, parfois, puni.
  • Suivant les prisons, les détenus ont d’une à deux heures de préau et, vers 10h30’, c’est le retour en cellule, par groupe. Ils sont normalement contrôlés à la sortie (sauf pendant le Covid). On recommence à donner les douches à ceux qui étaient au préau puis ce sont de nouveau les contacts avec les détenus. Quand on ouvre une porte, ce n’est pas pour la refermer directement, on en a pour minimum cinq minutes à échanger avec le détenu, ça fait partie de notre boulot.
  • Vers 11h30’, les agents vont chercher les charriots avec de la nourriture chaude et distribuent cellule par cellule avec les servants d’aile (qui sont les détenus qui s’occupent de l’entretien de l’aile).
  • Les agents vont alors manger à tour de rôle. Il n’y a pas de pause officielle mais un droit à ½ heure pour manger pendant les huit heures de travail journalier.
  • Les agents reviennent dans les ailes, renvoient les travailleurs domestiques, ceux qui vont au cours. Les avocats, les visites familiales et les intervenants sociaux arrivent. Selon les prisons, on avertit le gardien qu’il peut envoyer untel ou un tel ou bien tous ceux qui ont une visite partent par groupe.
  • 13h30’ : c’est le dernier appel de la pause ; les agents refont le tour de leur aile pour vérifier qu’ils ont toujours le nombre voulu de détenus et savent où se trouvent les absents. Ils reviennent vers le chef d’équipe pour un débriefing de la journée. Les équipes de l‘après-midi rejoignent celles du matin, les deux chefs d’équipe comparent les appels et si tout est en ordre, l’équipe du matin s’en va. Et l’équipe de l’après-midi refait quasiment le même travail… à l’envers !

Dans un prochain article, cet assistant de surveillance pénitentiaire répondra à quelques autres questions. Ses réponses nous en diront un peu plus sur sa manière d’envisager son travail.

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