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Le métier de surveillant pénitentiaire - interview

Le 29 juillet 2021

On connait l’existence des assistants de surveillance pénitentiaire au côté des détenus des prisons belges, Mais l’on sait peu comment ils vivent leur métier. Pour le découvrir, Questions-Justice a rencontré l’un d’entre eux. Après avoir expliqué une journée-type dans un premier article, celui-ci répond à quelques questions.

Mots-clés associés à cet article : Prison , Gardien de prison , Assistant de surveillance pénitentiaire

QJ : Vous êtes donc en contact régulier avec tous les détenus ?
ASP : C’est une chose importante, le contact, et il a tendance à disparaitre. En réalité, nous avons de moins en moins d’interventions et de contacts avec les détenus. C’est parce qu’ils ont le téléphone et la télévision en cellule, la douche aussi dans les nouvelles prisons. Ils ne demandent plus pour aller au téléphone ou à la douche, ce qui nous permettait de parler avec eux et de nous rendre compte quand quelque chose n’allait pas. Pour la quantité de travail de l’agent, c’est mieux. Mais, pour notre rôle, ce n’est pas bon parce qu’en conduisant quelqu’un trois minutes pour le téléphone, il vous parlait et on se rendait compte de comment il était. Personnellement, je pense avoir sauvé la vie à plusieurs détenus, soit parce que je suis passé au bon moment, soit parce que j’avais bien entendu que ça n’allait pas et que j’étais plus attentif. Ou j’avais simplement fait intervenir le service médical.
Les activités – minifoot, cours de musique, etc. - sont plus nombreuses, cela fait beaucoup de mouvements mais aussi moins de contact avec les détenus.

QJ : Vous constatez d’autres évolutions ?
ASP : Oui, il y a de moins en moins de contrôles, de vérifications mais aussi de moins en moins de punitions. Ainsi, vous vous faites insulter par un détenu, il y a bien un rapport mais il a seulement un gros doigt. Alors le lendemain, soit et ça arrive, il dit : « Excuse-moi chef, j’ai fait le con », soit il recommence à vous insulter de la même manière. Je ne vais pas dire qu’ils ont plus de droits que nous mais…
Il n’y a plus cette idée qu’il y a le droit et le devoir, les détenus n’ont plus aucune obligation. Certains disent que la privation de liberté suffit mais l’erreur est là : il ne faut pas enlever leurs droits aux détenus mais la prison devrait être un lieu de réinsertion, de resocialisation. Il faut leur apprendre à vivre et à vivre en société.

QJ : Comment expliquez-vous ces changements ?
C’est un peu comme à l’extérieur, où l’autorité est remise continuellement en doute.
Il faut dire aussi que les jeunes assistants de surveillance pénitentiaire ont souvent tendance à jouer « copain-copain » avec les détenus (par exemple, à apporter ce qu’il demande à un détenu) plutôt qu’à respecter certaines règles.

QJ : Pourquoi devenir agent pénitentiaire ?
ASP : Mais pour avoir du boulot ! Et aussi parce que c’est un travail à l’État, un emploi sûr, avec des jours de congé et des congés de maladie, avec un salaire correct. Sinon, l’idée d’être gardien de prison, je ne vois pas comment cela peut motiver quelqu’un de se dire je vais ouvrir et fermer des portes. Et peu des assistants pénitentiaires actuels sont dans l’idée de l’aide pour le détenu.

QJ : Vous avez une formation ?
ASP : Depuis des années, je le dis : il faut professionnaliser le métier. La formation, c’est mon cheval de bataille : il faut une vraie école pénitentiaire. Il y a 23 ans, je suis devenu surveillant du jour au lendemain. Le lundi, on m’a fait visiter la prison. Le mardi, dès mon arrivée, on m’a dit : « Content que tu sois là, il manque un agent ! - Et je fais quoi ? – Ben tu ouvres et tu fermes les portes ». J’ai commencé comme ça.
Aujourd’hui, il y a deux lieux de formation, à Marneffe et en Flandre mais ce n’est pas vraiment une école pénitentiaire. Les gens arrivent après avoir réussi un examen au Selor mais il n’y a pas d’évaluation, pas d’examen. Dès qu’ils sont à l’école, sauf une énorme erreur, les gens savent qu’ils ont réussi et, même s’ils se rendent compte qu’ils ne sont pas faits pour ça, en général, ils continuent malgré tout. En réalité, nous sommes des amateurs.

QJ : Le nouveau ministre travaille à des changements…
SAP : Oui mais ceux qui font les lois ne connaissent pas la vie en prison et nous avons de plus en plus de difficultés à défendre notre point de vue.

QJ : Finalement, vous parlez de votre travail avec beaucoup d’intérêt. Qu’est-ce qui vous plait dans celui-ci ?
ASP : Ce que j’aime, c’est de pouvoir accompagner les personnes et, pour moi, l’accompagnement se fait dans le contact et dans l’autorité, c’est un mélange des deux. Il faut arriver à faire comprendre au gars qu’on peut se parler, l’écouter, lui apporter quelque chose (tout en précisant que ce n’est pas toi qui décides de la vie du détenu), mais qu’il doit respecter l’autorité, ce qui ne veut pas dire que nous devons jouer aux « petits chefs ».
Quand on arrive au bout (à la sortie), on doit pouvoir se dire : je lui ai quand même appris quelque chose !
Ce qui me plait, c’est que ce contact aboutisse, à la sortie, à une reconnaissance entre les deux…

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