L’actualité commentée

Condamnés pour génocide

Le 9 janvier 2019

Il y a quarante-trois ans, en 1975, le mouvement révolutionnaire communiste des Khmers rouges prend le pouvoir au Cambodge. Avec à leur tête Pol Pot, les Khmers rouges instaurent une dictature d’une violence extrême.

Image @ Le Monde

Entre 1,7 et 2 millions de Cambodgiens, soit plus ou moins un quart de la population, meurent dans des camps de travail, de faim, de maladie ou encore victimes de tortures ou exécutés.
En janvier 1979, les Khmers rouges sont chassés du pouvoir.

Juger les Khmers rouges…

En 1997, le gouvernement cambodgien a demandé l’aide de l’ONU pour mettre sur pied un tribunal qui pourrait juger les anciens responsables des Khmers rouges.
Les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) ont alors été créées. Entrées en fonction en 2007, elles fonctionnent avec des juges cambodgiens et des juges internationaux.
Ces chambres sont tout à fait particulières, pour plusieurs raisons :

  • elles sont un tribunal issu à la fois du droit cambodgien et du droit international ;
  • elles ne sont pas un tribunal pénal international, comme celui pour l’ex-Yougoslavie ou pour le Rwanda ;
  • elles fonctionnent dans le pays même où les massacres ont eu lieu alors que le tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie fonctionne à La Haye et celui pour le Rwanda à Arusha.

… pour crimes contre l’humanité

Les deux derniers grands dirigeants des Khmers rouges encore en vie,
Nuon Chea et Khieu Samphan avaient déjà été condamnés à la prison à vie en 2014, pour crimes contre l’humanité.
Khieu Samphan, 86 ans aujourd’hui, était l’ancien président. Nuon Chea, 93 ans aujourd’hui, était le bras droit de Pol Pot et l’idéologue des Khmers rouge. En août 2014, ils ont été reconnus coupables de crimes contre l’humanité, soit de déplacements forcés de population (par exemple de l’évacuation forcée de la population de la capitale Phnom Penh en avril 1975) et d’exécutions d’anciens soldats et fonctionnaires de la République Khmère. En octobre 2014, ils ont de nouveau été reconnus coupables de crimes contre l’humanité, soit, notamment, de mariages forcés et de crimes sexuels commis dans leur cadre.

L’appellation « crime contre l’humanité » a été créée et utilisée en 1945, lorsque le tribunal militaire de Nuremberg a jugé les anciens nazis. Un crime contre l’humanité, ce sont des actes de violence – meurtre, torture, viol, esclavage, etc. -commis lors d’une attaque organisée, généralisée, planifiée contre une population civile.
Ces crimes sont punis en droit belge et en droit international. En Belgique, en France, ils sont imprescriptibles, ce qui signifie qu’ils peuvent toujours être jugés, même de très nombreuses années après avoir été commis.

… pour génocide

Si l’on reparle aujourd’hui de ces Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC), c’est parce qu’elles viennent de juger à nouveau Nuon Chea et Khieu Samphan. Et cette fois, elles les ont condamnés pour génocide.

Un génocide, c’est l’anéantissement, la suppression méthodique d’un groupe de personnes, à cause de leur race, de leur nationalité, de leur religion, dans le but de faire totalement disparaître ce groupe. Et cela, au nom d’un principe raciste parce que ces personnes sont considérées comme non seulement différentes mais inférieures.
Le terme « génocide » a été créé en 1944 pour désigner l’extermination systématique des juifs par les nazis.
Les deux accusés khmères sont donc maintenant reconnus coupables d’avoir éliminé certaines populations, du fait de leur ethnicité. Il s’agit bien de génocide : Nuon Chea contre les membres d’une ethnie particulière, les Chams. Et Khieu Samphan contre la minorité vietnamienne vivant au Cambodge.

Réparations

En réparation des atrocités commises par les Khmers rouges, les CETC ont décidé le soutien de quatorze projets qui doivent permettre de consolider un travail de mémoire, de programmes de thérapie et d’assistance psychologique aux victimes ainsi que de programmes de documentation et d’éducation.

Commentaires

  1. Condamnés pour génocide

    10 janvier 2019

    Michel Schobbens

    Cette condamnation pour génocide est tout-à-fait justifiée, bien
    que très tardive, mais cela ne change rien, c’est une très bonne décision.

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