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Personnes internées : un parcours compliqué

Le 15 janvier 2024

Une personne internée est une personne déclarée irresponsable de l’infraction qu’elle a commise. C’est une personne malade qui ne peut être condamnée à une peine de prison mais doit être soignée.
Et pourtant, un récent rapport d’UNIA fait état de problèmes dans l’application de ces principes inscrits dans la loi.

À plusieurs reprises, la Belgique a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme concernant le traitement de ces personnes internées. Elles se retrouvaient trop souvent en prison, sans accès aux soins dont elles avaient besoin et auxquels elles avaient droit. Questions-Justice a déjà évoqué cette situation, qui n’est malheureusement pas nouvelle : « Un malade mental n’est pas responsable de ses actes. Il ne peut être mis en prison ».

Des lois, des progrès, mais…

En effet, la loi du 5 mai 2014 stipule que l’internement « est une mesure de sûreté destinée à la fois à protéger la société et à faire en sorte que soient dispensés à la personne internée les soins requis par son état en vue de sa réinsertion dans la société ».
Cette loi limite l’internement aux faits graves, provoquant une atteinte à l’intégrité physique ou psychique d’un tiers.
Ces dernières années, des progrès ont bien été réalisés. Des places d’accueil ont été créées dans des institutions de soins. Autre amélioration importante : un suivi tout au long du trajet de soins doit faciliter la sortie de l’internement.
Aujourd’hui cependant, la Belgique fait interner plus rapidement de plus en plus de personnes : en 2017, il y eut 286 décisions d’internement alors qu’en 2020, elles étaient 475. Une augmentation de 66 % en trois ans.

Comment cela se passe ?

Une décision d’internement peut être prise par la chambre du conseil ou la chambre des mises en accusation ou encore par un tribunal correctionnel, une cour d’appel, voire une cour d’assise. Ensuite, la chambre de protection sociale décide d’un placement en institution ou d’une libération à l’essai, avec des conditions.
S’il s’agit d’un placement, cela peut être dans un établissement soignant des personnes atteintes de troubles psychiques (un établissement de défense sociale, un centre de psychiatrie légale, un hôpital psychiatrique ; les deux premières institutions sont fermées et la troisième est en principe ouverte). La durée n’est jamais précisée. Si l’intéressé est en prison au moment de la décision, il devra y attendre qu’une place se libère dans le lieu décidé. S’il y a libération à l’essai, la personne devra suivre des conditions et sera suivie par un assistant de justice dépendant des Maisons de Justice.
La chambre de protection sociale est une section du tribunal de l’application des peines. Ce dernier fait partie des tribunaux de première instance d’Anvers, Gand, Liège, Mons et Bruxelles. La chambre de protection sociale est présidée par un magistrat, assisté de deux assesseurs, soit un psychologue et une personne spécialisée en réinsertion sociale. Le parquet est présent. Cette chambre fonctionne à huis clos. Pour plus de détails, il est renvoyé à la fiche « Chambre de protection sociale ».

Une importante enquête

Le Centre interfédéral belge contre les discriminations et pour l’égalité des chances (UNIA) est une institution indépendante qui lutte contre toutes les discriminations. À ce titre, il reçoit régulièrement des informations et demandes de personnes internées dans différents lieux. Celles-ci signalent des difficultés concernant les conditions de détention, l’accès à la vie affective et sexuelle, l’accès aux soins ou encore aux procédures relatives à leur internement. Or UNIA est chargé du suivi d’une Convention de l’ONU ‘relative aux droits des personnes handicapées’ (dont font partie les personnes victimes de troubles psychiques). Ce traité international invoque notamment le droit à une vie hors institution.
UNIA vient donc de réaliser une importante enquête dans différents centres hospitaliers psychiatriques, des annexes psychiatriques de prison et des sections de défense sociale. Les enquêteurs ont pu s’entretenir avec 91 patients et plus d’une centaine de professionnels.
À chaque stade du parcours des personnes internées, les enquêteurs ont constaté des difficultés et émis des propositions.

Les manques s’additionnent !

Au cours des dernières années, la santé mentale de la population s’est dégradée. L’accès aux soins, à une aide adéquate, qui serait bien utile avant qu’il soit question de problèmes psychiques graves et d’internement, est difficile.
Ensuite, la psychiatrie médico-légale manque d’experts et de moyens alors qu’elle devrait éclairer les juges quant à la décision à prendre.
Et les manques s’additionnent : les dispositifs de soins devant prendre en charge les personnes internées sont insuffisants et saturés. À cause de ce manque de moyens, certaines personnes internées qui pourraient bénéficier d’une libération à l’essai se retrouvent bloquées, privées de liberté. Elles sont maintenues dans leur lieu de placement ou, plus grave, dans l’annexe psychiatrique d’une prison, voire dans une prison ordinaire.
Selon UNIA, les personnes âgées, les personnes avec une déficience intellectuelle et les personnes avec un double diagnostic sont particulièrement lésées. C’est aussi le cas des personnes sans titre de séjour qui, n’ayant pas accès aux soins médicaux, séjournent en prison ou en établissement de défense sociale sans espoir de libération.

Remarque particulière : trop souvent, la prison

Une majorité de personnes internées sont passées par la prison par exemple parce qu’elles ont été en détention préventive. Pourtant, UNIA observe « à quel point le passage en prison fracture des parcours de vie déjà très fragiles ».
D’autres personnes internées s’y retrouvent alors qu’elles devraient être placées dans un établissement spécialisé mais, faute de place, elles sont envoyées dans les annexes psychiatriques des prisons, où elles sont dépourvues de soins. Cela devrait être banni !
En juin 2023, 523 personnes internées séjournaient toujours dans un contexte d’emprisonnement, dont UNIA souligne les conséquences négatives.
En témoignent aussi des personnes interrogées : « Dès que tu as cette empreinte sur toi, tu ne peux plus t’en débarrasser. Comme le chantait Stromae : tu l’es, tu l’étais et tu le restes ». Ou encore : « … Il y a quelque chose de brisé à l’intérieur, j’ai du mal à récupérer. Depuis, je ne supporte plus de voir des gens. Ce passage en prison n’est pas facile à gérer dans ma vie de tous les jours », explique une personne libérée définitivement.

Voir en ligne Unia

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